C'est donc la manoeuvre "par les hauts" qu'à choisie l'Etat-Major pour déborder sur les vallées de la Fecht et de la Weiss.
Mais ce concept stratégique n'est envisageable que combiné à un effet de surprise. Et ici, de report en report, l'Etat-Major Allemand a vite compris la stratégie retenue et a réagi en conséquence, utilisant habilement le terrain pour faire de cette crête un point de défense très abouti.

Les préparatifs côté Français sont longs, retardés par un hiver sans fin et compliqués par une situation géographique défavorable.
La construction des voies d'accès, des camps, réseaux, dépôts de tous ordres, la mise en place de l'artillerie de soutien s'étalent sur plusieurs mois.
Finalement, après un ultime report dû à la météo défavorable, c'et le 20 juillet 1915 que l'attaque est déclenchée.

Cette première journée débute par une préparation d'artillerie de l'aube jusque peu avant 14 heures. L'assaut débute alors.

Au terme de la journée, le bilan est terrible et dramatique : des centaines de chasseurs et de cadres sont perdus, qui tués, qui blessés, prisonniers ou disparus. Certains bataillons perdront 90% de leur effectif.
Les défenseurs ne sont pas épargnés par ces combats surhumains qui décimeront également de nombreux défenseurs.
Aucun des objectif assigné aux Alpins n'est atteint, ce lieu que les troupes allemandes avaient par avance baptisé "Tombeau des chasseurs" révèle son extraordinaire capacité de résistance.

Tout le monde -sauf l'Etat-Major - a compris que le coup de main de grande ampleur prévu va se transformer en une bataille aussi longue que ravageuse.

Les derniers jours de juillet verront malgré tout des avancées françaises dont les succès seront de courte durée,  rapidement repoussées par de violentes contre-attaques.

Le haut commandement masquera dès lors la terrible vérité avec des communiqués sans aucun rapport avec la réalité du terrain.
Début août, les très maigres et éphémères succès des Alpins qui seront privés de renforts ne permettent pas de faire sauter ce verrou et les défenseurs, renforcés eux par des troupes fraîches, vont lancer une série de contre-attaques soutenues par une artillerie qui fait feu de tous ses moyens, écrasant les positions françaises sous des milliers de projectiles de tous calibres et ravageant ce qu'il reste de la magnifique forêt qui se dressait fièrement 2 semaines plus tôt.

L'Etat-Major français semble alors jeter le mouchoir sur ses ambitions et ordonne de passer à la défensive, impliquant de consolider pour les conserver les maigres gains opérés.
Mais cette consolidation se traduit par de nouvelles tentatives de conquête des sommets qui ne donneront pas plus de résultats. 
Après ces 5 semaines d'attaques sanglantes et dévastatrices, la vision de l'Etat-Major français est complètement faussée et la situation des quelques conquêtes est très précaire.
Le commandement allemand n'entend pas laisser ces maigres gains aux français et la petite accalmie de fin août ne sera que le prélude de la seconde phase de la bataille.

De nouveaux moyens vont être alors déployés côté allemand : obus à gaz suffocants et lance-flammes de première génération (bien loin de ce qu'on a vu plus tard) qui vont diminuer la combativité des français pour les premiers et les surprendre et les obliger à reculer pour les seconds.
Après le 10 septembre, les combats se calment jusqu'au 12 octobre où une nouvelle violente contre-attaque allemande avec les lance-flammes fait encore reculer les troupes françaises qui perdent encore des hommes en tentant de défendre leurs positions.
Finalement, le 16 octobre marquera le dernier assaut d'envergure côté allemand.
A cette date, environ 12000 soldats français et 8000 allemands ont été mis hors de combat pour ... se retrouver quasiment aux positions de départ de juillet.
20000 hommes sacrifiés, blessés ou prisonniers dans une bataille que les officiers généraux de terrain savaient perdue d'avance mais qui n'ont pas été entendus par leur hiérarchie.

Et ensuite, 3 ans de coups de mains, de lutte contre le froid, la chaleur, la boue, les cloportes, à attendre la soupe souvent froide, le courrier porteur d'espoir et la relève ... avant qu'enfin un beau matin le clairon sonne la fin de tout ça. La Der des Der disaient-ils ...