1. Opération souvenir 1968
  2. Association et travaux
  3. Le premier mémorial

Nous sommes au coeur de l'été 1967.

M. Armand DURLEWANGER, en promenade au collet du Linge, y rencontre un ancien combattant de 1915, accompagné de ses petits fils.
Avec des larmes dans les yeux, ce dernier déplore que ce haut lieu où sont tombés tant de ses camarades lors des terribles combats de 1915,
soit transformé en dépôt d'ordures et laissé en friche.

Le Linge qui avait été classé "monument historique" en 1921 était "plus abandonné que les plus croulantes ruines féodales des Vosges".

L'année suivante marquant le cinquantenaire de 1918, Mr DURLEWANGER résolut de rendre au Linge son vrai visage de témoin d'un drame historique et d'en faire le mémorial d'une souffrance commune aux hommes de deux peuples jadis en guerre, puis réconciliés par-dessus les croix".

C'est au printemps 1968 que la première équipe constituée de défricheurs et de pelleteurs lance l'opération de rénovation du champ de bataille dite "Opération du Souvenir".
Cette équipe est composée en grande partie par des jeunes de l'Auberge de Jeunesse Europe de Colmar.

Au cours des travaux de déblaiement par cette équipe de bénévoles, portant surtout sur le dégagement et la réfection des 1ère et 2ème tranchées allemandes, plusieurs squelettes de soldats français furent exhumés.

Ces emplacements sont aujourd'hui marqués par des croix blanches.

Alors que les premiers travaux vont s'achever avec l'automne, le 3 octobre 1968 voit la création d'un premier comité qui décide de la future construction d'un mémorial à l'intérieur duquel sera aménagé un Musée du Souvenir de la guerre des Vosges 1914-1918. Une souscription nationale est ouverte pour l'édification de ce mémorial prévue pour 1970.

Ce comité élaborant les statuts de la nouvelle association, comprend alors :

  • M. Jean d'ARMAU DE POUYDRAGUIN, fils du Général - Paris
  • M. WETZEL, directeur de cabinet à la préfecture du Haut-Rhin - Colmar
  • M. KUBLER, Maire de Sélestat
  • M. HEMMERLE, directeur des Dernières Nouvelles d'Alsace - Colmar
  • M. le Dr. GRUNENWALD, président des Officiers de Réserve de Colmar
  • M. VOGELEISEN, retraité de l'Education National - Munster
  • M. WISSON, agent SNCF - Wihr au Val
  • M. SCHUSTER, Maire d'Orbey
  • M. RAFFNER, président du Souvenir Français - Orbey
  • M. DURLEWANGER, historien - Colmar
  • M. FLECKINGER, chef d'entreprise de peinture - Colmar
  • M. GRAFF, retraité - Munster
  • M. HERZ, architecte des Bâtiments de France - Colmar
  • M. DUPUY, sous-officier en retraite - Colmar
  • M. HELSTROFFER, directeur de l'Auberge de Jeunesse - Colmar
  • M. SCHARFF, photographe - Colmar
  • M. OBERLIN, directeur interdépartemental de l'ONAC - Strasbourg

 

L'année suivante, 15 avril 1969, l'Assemblée Général Constitutive porte la nouvelle "Association du Mémorial du Linge" sur les fonds baptismaux.
Ses buts sont de réunir les bonnes volontés, les efforts et les moyens propres à assurer la sauvegarde du champ de bataille du Linge et la protection de son site naturel.

L'Association du Mémorial du Linge prend la suite de l'Opération Souvenir mise sur pied par M. A. DURLEWANGER.
Elle confirme et précise la décision d'ériger un Mémorial avec Musée qui retracera l'histoire des combats dans cette région en 1915.

Le Comité décide de porter à sa présidence M. Maurice GINTZ, capitaine de réserve, industriel à Annecy, ancien combattant du Linge en 1915 et se compose de :

  • Présidents d'honneur : MM. Les généraux De VERNEJOUL, GRUSS et de Jean d'ARMAU DE POUYDRAGUIN
  • Président : Maurice GINTZ
  • Vice-Président : Auguste RAFFNER
  • Vice-Président : André BAS
  • Secrétaire : Antoinette DURLEWANGER
  • Trésorier : Michel DUPUY
  • Inspecteurs Travaux : Arthur WISSON, Jean KACHLER, Norbert FLECKINGER
  • Relations extérieures : Armand DURLEWANGER
  • Relations presse : Edouard HEMMERLE, P.L. MARCHAL
  • Conseiller technique : Hugues HERZ
  • Assesseurs : Robert WEISS, GEORGE, Joseph ANCEL, Joseph VOGELEISEN, René SCHUSTER

Au cours de cette année, le comité se propose de faire dégager la crête ainsi que les lignes françaises en contrebas des lignes allemandes. En dehors des concours particuliers, il est à noter qu'un noyau réduit de bénévoles prend part aux différentes activités nécessaires pour la remise en état du champ de bataille, à savoir : M. et Mme BOSSHARTH, MM. WEISS, DUPUY, WISSON, FLECKINGER, GEORGE.

Cette année là, le 9ème Régiment du Génie de Neuf-Brisach apporte son aide :
- une section débroussaille et déboise partiellement  la crête pour la rendre accessible aux visiteurs.
une autre équipe réalise la mise en place difficile d'un grand mât de 20 mètres.

Depuis le 24 mai, les trois couleurs flottent en ce haut lieu à 1000 mètres d'altitude.

le 30ème Groupe de Chasseurs de Lunéville et le 152ème Régiment d'Infanterie de Colmar participent également à la remise en état du site.

le Service de l'Équipement du Haut-Rhin aménage l'esplanade en juin par la pose d'enrobés et met en place des panneaux de signalisation des "sites et monuments historiques" aux principaux carrefours desservant le Linge.

En août, le Service des Monuments Historiques fait débuter les travaux de consolidation de la 1ère ligne allemande.

Cette saison de travaux aura vu l'exhumation de vingt nouveaux soldats français (dont 3 identifiés), à ajouter aux dix chasseurs (dont 1 identifié) exhumés en 1968.
Dans le même temps, étaient exhumés cinq soldats allemands.

21 septembre : par un concours de circonstances extraordinaires, venu en pèlerinage au Linge, M. Louis DORVAL y découvre par hasard la croix de son frère Marc, qui, sans qu'il en soit prévenu, est précisément inauguré l'après-midi même au cours d'une cérémonie présidée par M. GINTZ, président du Mémorial du Linge.

 

L'anné 1970 voit se dérouler la 3ème campagne de travaux sur le site du Linge. Des équipes de bénévoles de Colmar, Munster, Hohrod, des étudiants de Rennes et des "Diables Bleus" de Marseille participent à l'entreprise de déblaiement et de nettoiement.
Pendant ces travaux
 est découverte l'entrée du blockhaus principal allemand "fort carré" à l'éperon nord : la galerie d'accès repérée à 5 mètres de profondeur est dégagée au prix d'énormes difficultés et livre quasi-intact le périscope de l'ouvrage qui trouvera une place de choix dans le futur Musée du Mémorial.

 

En août 1971, inauguration au Linge de la plaque aux "10000 morts français dont le sang a imprégné cette terre en 1914-1918". Cette plaque de 120 kg composée de différents alliages avec notamment les cartouches et balles trouvées sur le champ de bataille est dévoilée par Mlle SERGENT, de l'A.N.F.P.A. de Paris, dont le père, commandant le 115ème BCA, fut blessé mortellement au Linge le 27 juillet 1915.

 

En 1972,  le Conseil Municipal d'Orbey donne son accord pour l'implantation du Musée sur le terrain municipal. Les secrétaires d'État aux Affaires Culturelles et aux Anciens Combattants donnent leur accord pour patronner le comité dans son oeuvre du "Souvenir".

La présentation de la maquette (oeuvre de M. CHOMEL) retenue pour l'édification du Mémorial se passe à la Chambre de Commerce de Colmar.

En 1973, une grande vue panoramique, oeuvre du peintre colmarien François FLECKINGER est mise en place à l'éperon nord du champ de bataille, tandis que l'éboulement d'une tranchée met au jour les restes de deux chasseurs français.

 

 

En 1975, grâce à l'intervention du Préfet BURGALAT, le permis de construire pour l'édification du Musée Mémorial est enfin accordé par le Secrétariat d'État à la Culture.

Une section de 50 hommes du 30ème Groupe de Chasseurs de Lunéville entreprend les premiers travaux de terrassement pour l'édification du Mémorial en août

En septembre,  on inhumera au cimetière du Wettstein des restes d'un jeune chasseur de la classe 1915 (121ème BCP) mis au jour en juillet .

Et en octobre, l'entreprise Franzetti-Demangeat d'Orbey, chargée des travaux, coule les fondations du futur mémorial. A la fin du mois l'édifice prend forme.

 

En 1976,  poursuite de la construction du gros œuvre du Mémorial et exhumation des restes d'un soldat français non identifié.

 

En 1977,  sous l'impulsion de M. Marcel MAIRE, des anciens combattants d'Orbey, MM. Demangeat, Kohler, Perrin, Pierré, Werlé, Marchand assurent les permanences tous les jeudis et vendredis, à l'entrée du champ de bataille, au profit de la construction du Mémorial.

En 1978, le Linge est relié au monde par téléphone et dispose d'une alimentation électrique permanente Depuis fin mai, les travaux de gros œuvre sont considérés comme terminés.

Le 22 octobre, décès de M. Auguste RAFFNER, Vice-président du Mémorial du Linge et Président du Souvenir Français d'Orbey

 

Notre Président d'Honneur, M. François TISSERAND décèdera en septembre 1979 et sera inhumé à Bourg-en-Bresse.

En novembre, une émission de FR3 et TF1 évoque les luttes sur les sommets vosgiens en 1914-1918, sous le titre "Et l'exemple de leurs vertus". Elle centrée sur les combats du Linge de juillet à octobre 1915.

 

En juin 1980, à quelques mois de la finition du mémorial, la baraque attenant au champ de bataille brûle avec de nombreux vestiges trouvés sur le champ de bataille et une partie de la bibliothèque (livres et cartes postales). De cette baraque, il ne reste que des cendres. La perte la plus importante est sans conteste "Le Livre d'Or". En outre, le drapeau du grand mât a disparu. Une enquête de Gendarmerie est ouverte...

 

C'est le 9 août 1981 que sera inauguré le Mémorial,  ce deuxième dimanche du mois d'août voyant traditionnellement les cérémonies commémoratives aux cimetières du Wettstein et du Baerenstall.

 Le dimanche de Pentecôte 7 juin  verra  l'ouverture au public du musée dans sa partie supérieure,
les travaux d'aménagements opérés par MM. Mantzer et Fleckinger ayant été retardés par un hiver tardif 

 


L'inauguration officielle.

Ils sont venus nombreux au collet du Linge pour l'inauguration : 
le Sous-Préfet, le Conseiller Général, les autorités civiles et militaires, des porte-drapeaux, les pompiers, la clique, une fanfare intercommunale,
des troupes et aussi
quelques vétérans des sanglants combats de juillet 1915 sont présents. Les uns sont assis, d'autres debout:

 M. NARGET Camille, 85 ans, du 120ème BCP, venu de la Seine et Marne.

M. DEMANGE Léon, 86 ans, du 121ème BCP, venu de Bruyères (Vosges) et qui a tenu à revoir l'endroit où, en juillet 1915, il a été enterré vivant durant trois jours dans un trou d'obus.

M. MONNOT, 94 ans, doyen des anciens combattants du Linge de Roche Lez Beauprés (Doubs).


M. MONNOT

M. HENRY Pierre, 85 ans, du 106ème BCP, venu de Saint-Dié (Vosges) avec le fanion de son bataillon.

M. MARTY Louis, 85 ans, venu tout droit de Castelnaudary, accompagné de Jean Christophe son arrière-petit-fils qui tient à la main un discours.

Instant émouvant, quand M. MARTY Louis l'ancien, qui a combattu ici même sur le champ de bataille du Linge, monte sur le podium aidé par Jean-Christophe qui va lire son message.

"Mesdames, Messieurs, c'est par la voix de mon arrière petit fils que je m'adresse à vous.
Qu'il me soit permis tout d'abord de féliciter toute l'équipe qui a participé à la réalisation
de ce mémorial en souvenir de ceux qui sont tombés sur cette terre d'Alsace. A l'occasion de l'inauguration, c'est un grand honneur pour moi d'envoyer les couleurs au nom de tous les anciens combattants du Linge morts ou survivants. Puisse ce drapeau rayonner sur les tombes de tous ceux qui ont fait don de leur vie pour la libération de leur pays."
 
           

 

Le Colonel Grollemund

"Morts pour le France, par vos sacrifices, nous avons gardé honneur et liberté. Puissions-nous pour les enfants qui grandissent, dignement, préparer un avenir de paix. Et puis, chers et glorieux chasseurs, ne sommes-nous pas toujours sous votre sauvegarde. N'êtes-vous pas chargés d'une autre consigne, plus belle encore que celle que vous accomplissiez dans une oeuvre de sang. Non seulement vous montez une garde éternelle sur ce sol, pour prouver qu'il est pour toujours français, mais encore vous veillez sur les deux coeurs de la France et de l'Alsace, pour garantir l'inaltérable union. Notre reconnaissance, comme votre gloire, ne s'éteindra jamais".

M. HOGG Roland, délégué général pour le Haut-Rhin du Souvenir Français, vice président du Mémorial du Linge

 

Le Sous-préfet Thill coupe le ruban tricolore qui barrait l'entrée du musée, ouvrant la visite aux invités sous la conduite des membres du comité de l'association.